vendredi 19 novembre 2010

jeudi 26 juin 2008

Cambridge

Je m'appelle Emilie, j'ai 23 ans aujourd'hui. En octobre je serai à Cambridge, vous savez, en Angleterre, cette université prestigieuse qui a abrité les plus grands. Mon college (il y en a 31 à Cambridge), "Trinity", a dû supporter le prince Charles et ses oreilles, Newton et ses pommes, Lord Byron et son ours de compagnie (j'y reviendrai), Tennyson et ses poèmes, Francis Bacon et son génie, Nehru et ses combats, Nabokov et Lolita... Mais ce n'est qu'un retour à Cambridge pour finir mon Bachelor of Arts en droit. J'y ai passé déjà un an en 2006-2007.
Par où commencer.... Entre la 1ere et la terminale, je suis partie en Australie, dans une famille d'accueil pendant un an. Après mon bac, mon amour des lettres et des langues m'ont tout droit conduit au Lycée Henri Iv en hypokhâgne puis en khâgne. J'ai passé deux concours en khâgne, celui de Cambridge que j'ai réussi et celui de Normale sup. J'ai été sous-admissible à Normale sup, mais j'avais envie de changer d'air, je suis bilingue, et j'aime voyager, et je n'avais aucune envie de khubber comme tous mes amis. Alors je suis partie à Cambridge, là-bas, j'y ai tout détesté: la ville, les gens, le droit, moi. surtout moi. On est jamais malheureux qu'avec soi.

Et puis l'été, après les examens (réussis), je suis tombée malade. D'ennui certainement. Cambridge c'était Baudelaire et son

Pluviôse, irrité contre la ville entière,
De son urne à grands flots verse un froid ténébreux
Aux pâles habitants du voisin cimetière
Et la mortalité sur les faubourgs brumeux.



A la suite de ces problèmes de santé, une affection probablement née dans mon cerveau, je me suis inscrite en maîtrise de Lettres à la Sorbonne, et cette barre sur mon front s'en est allée. Se sont installés d'autres maux: sentimentaux principalement. Mais surtout, retourner à mon premier amour, les lettres, c'était s'installer dans une nouvelle prison, celle de l'avenir incertain, de l'angoisse professionnelle future. J'aurais aimé être prof de lettres à la fac, ou journaliste. Mais voilà deux rêves bien assujettis à l'aléatoire. alors je retourne à Cambridge, il n'y aura plus qu'un an, et je compte y puiser tout ce qu"il y aura de bon, tout ce qui se présentera à moi. Ce sera dur pour moi qui suit si dure.... pour moi. La fleur noire de l'Ennui, de la mélancolie, cette maladie nerveuse m'exaspère. C'est le nénuphare de Boris Vian qui grossit, grossit dans le coeur ou le poumon, qui asphyxie son hôte. Mais s'il s'agit d'un parasite, constituif de rien, ni de personne, c'est que l'on peut s'en débarasser, détacher délicatement cette fleur, si romantique qu'elle soit, et la jeter aux orties.


Car elle n'a rien de bon, elle ne construit rien d'aimable. On ne sait pas pourquoi elle atteint certains sujets plutôt que d'autres, quand elle arrive, quand elle repart, elle est un peu comme moi, instable et imprévisible. Elle est de cette beauté triste qui finit par devenir vieille peau et vieille fille. Baudelaire avait tout compris. De la fleur à la charogne il n'y a qu'un pas.